l faisait aussi frais qu'un automne Lynskois peut le laisser présager.
Le vent du nord arrachait aux arbres des feuilles toujours plus orangées,
le sol était recouvert d'un épais tapis qui crissait sous les pas.

Le temple, habituellement si calme entre complies et matines, fourmillait maintenant d'agitation.
Des prêtresses couraient entre les différentes salles du temple, s'agenouillaient devant le grand bonhomme de neige puis repartaient aussitôt.
Des dévotes apportaient des linges, de grandes bassines d'eau réchauffées sur l'âtre de la grande salle puis disparaissaient dans les dédales du lieu de culte.

Dans une petite chambre aménagée non loin du sanctuaire Morrigane vivait les derniers instants qui la séparait encore de la délivrance.
Trois sages femmes s'affairaient à ses côtés tandis que le grand roi Triton faisait les 100 pas dans la hall voisin.

Il faisait chaud dans cette pièce saturée d'encens et de chants.
Elle serra un peu plus fort les draps de satin dans ses poings et ferma les yeux.
Le sang battait à ses tempes, les contours de la chambre se faisaient incertains mais elle ne vacilla pas.
Elle entrevit deux prêtresses en transe à travers ses cheveux trempés qui tombaient devant son regard.
Le temps s'arrêta une fois encore et, quand elle se recoucha pour la deuxième contre les épais oreillers qui soutenait son corps meurtri... Elle sourit.

Une sage femme épongea son front avec une chaleur toute maternelle.
"Ce sont deux beaux bébés que vous offrez au royaume, ma reine."
Elle soupira de contentement pour toute réponse.

On posa sur son cœur les deux nouveaux-nés qui pleuraient de faim.
Elle découvrit sa poitrine en souriant encore, c'était un excellent présage.

Quand elle eut repris quelque peu son souffle :
"Pourriez-vous libérer mon époux de son attente et de ses doutes?
Faites le entrer."

Une prêtresse s'empressa de la satisfaire après s'être agenouillée et sortit prestement de la pièce.
"Mon seigneur roi, un robuste garçon et une délicieuse petite fille..."

[...]

"Devant le regard du très vénéré bonhomme de neige qui reste immobile entre les neiges,
je te nomme Drazel, mon fils.
Que tes bras soient forts et tes verdicts honnêtes.
Devant le regard du très vénéré bonhomme de neige qui reste immobile entre les neiges,
je te nomme Messaline, ma fille.
Que tes propos soient doux et tes chants justes de voix."


La jeune reine se redressa et embrassa à nouveau les joues des deux bambins.
Ensuite, elle les confia à une nourrice pour qu'elle les dépose dans deux grands berceaux ouvragés à proximité de son propre lit pour qu'ils puissent dormir plus sereinement.
Elle eut un moment de tristesse quand une des servantes tira d'épaisses tentures de fourrures pour les protéger des courants d'air.
Si le vent du nord n'était pas retourné dans des cieux plus accueillants, il aurait probablement partagé les droits et devoir du parrainage.
Mais soit, ce jour n'était pas aux regrets.

Morrigane saisit les feuilles délicates et la plume de paon noire qu'on lui tendait et rédigea des missives pour les quatre compagnons qui seraient aussi ceux de ses enfants.

Du vélin pour Eskod, le mage de guerre rouge de Denkaro.
Du papyrus pour la tendre Evea des forêts de Failariel.
Des lettres rosées.

Du parchemin pour la sage Arkhane de Shimizu.
Du papier de soie pour son frère par alliance, DanDark des montagnes noires.
Des lettres bleutées.

Elle les remit à un serviteur et son regard se hasarda par la fenêtre,
les premiers flocons tombaient...